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Des mots pour le dire

Malvoyant, non-voyant, miraud, bigleux... les mots ne manquent pas pour désigner les gens qui ne voient pas comme tout le monde. Pourtant ils n'ont pas tous le même sens, et de plus certains ont des connotations plus ou moins péjoratives ou déplaisantes. Comment s'y retrouver ? Cette page tente de vous y aider en proposant une sorte de lexique. Sachez cependant qu'il n'y a pas de consensus sur l'emploi de chaque terme. Même si j'ai essayé d'être objectif, ce qui suit reflète nécessairement mon point de vue personnel. Vos commentaires sont bienvenus pour l'améliorer.

Résumé pour les gens pressés

  1. Quel que soit le mot que vous emploierez, il se trouvera toujours quelqu'un pour le trouver déplaisant ou inapproprié et vous en recommander un autre.
  2. Un choix possible, plutôt raisonnable et accepté par beaucoup de gens, est d'appeler :
    • aveugle ou non-voyant quelqu'un qui ne reçoit aucune information utile par la vue ;
    • malvoyant quelqu'un à qui sa vue fournit de l'information, mais sensiblement moins (ou de moins bonne qualité) qu'une vue normale ;
    • déficient visuel quelqu'un qui appartient à l'une ou l'autre des deux catégories précédentes.

Tentative de lexique

Amblyope :
Vient d'un mot grec signifiant « vue émoussée ». Au sens médical strict, l'amblyopie est une altération de la vision sans lésion visible, comme celle qui se produit dans un oeil « paresseux » qui ne travaille pas assez. Dans ce sens, elle ne s'applique pas aux maladies de la rétine. Cependant le mot est aujourd'hui couramment employé pour désigner toute vision réduite, quelle qu'en soit la cause (voir par exemple la CFPSAA ou le GIAA). Il a l'avantage d'être un terme scientifique neutre, sans connotation péjorative ou autre. En revanche, il a l'inconvénient d'être peu connu des non-spécialistes.
Aveugle :
Dans le langage courant, désigne une personne qui ne voit pas. Dans la classification de l'OMS, reprise par de nombreuses législations nationales, désigne une personne ayant une acuité visuelle inférieure à 1/20 de la normale (ce qu'on appelle parfois la « cécité légale »). Bien que ce mot soit en lui-même assez neutre, certaines personnes considèrent que la tradition lui a associé une connotation négative et lui préfèrent le terme plus récent de « non-voyant ».
Basse vision :
Cette expression est surtout employée par les professionnels qui s'occupent de personnes malvoyantes sur un plan non médical (opticiens, orthoptistes, rééducateurs...). Elle met plutôt l'accent sur la vision restante et utilisable, contrairement aux termes qui évoquent la perte ou le manque par rapport à une vision « normale ».
Bien-voyant :
Désigne une personne qui voit normalement, par opposition à « malvoyant » ou « non-voyant ». Plus précisément, une personne à qui sa vue apporte des informations suffisantes pour qu'elle n'ait pas besoin d'y suppléer par ses autres sens. Quelqu'un qui a une vue altérée mais tout à fait fonctionnelle (forte myopie, daltonisme, par exemple) pourra être considéré comme bien-voyant même si au plan médical sa vue n'est pas « normale ». Quand il n'y a pas de risque d'ambiguïté on dit souvent « voyant ».
Bigleux :
Dérivé récent de « bigle », ce mot désigne d'abord une personne qui louche, puis plus généralement toute personne qui voit mal. Employé par un bien-voyant, il est souvent méprisant ou injurieux. Dans la bouche d'un malvoyant, c'est plutôt une preuve d'humour sur lui-même qui permet de dédramatiser sa situation. Comme disait Cyrano de Bergerac : « je me les sers moi-même avec assez de verve mais je ne permets pas qu'un autre me les serve ».
Canne jaune :
La canne jaune est un outil de locomotion et de signalement utilisé par les malvoyants, comme la canne blanche par les aveugles (voir cannejaune.org). Lorsque son usage sera suffisamment répandu, on dira probablement « une canne jaune » pour désigner l'utilisateur de cette canne, comme aujourd'hui « une canne blanche » signifie « un aveugle ». Mais actuellement cette expression n'est comprise que par un nombre limité d'initiés.
Cécité :
Caractéristique d'une personne aveugle, que ce soit au sens courant (absence totale de vue) ou au sens légal (acuité visuelle inférieure à 1/20 de la normale, selon beaucoup de législations).
Clairvoyant :
Synonyme de « bien-voyant ». Ce mot est rarement utilisé de nos jours dans ce sens à cause de la confusion possible avec ses autres sens : intelligent, qui a des idées claires, ou encore, voyant extra-lucide, médium.
Déficient visuel :
Cette expression se réfère à tous les degrés de perte de vision et désigne aussi bien les aveugles que les malvoyants. Elle est donc commode pour parler de ces deux catégories de personnes à la fois. Le terme « déficient » fait référence à la classification de l'Organisation Mondiale de la Santé, qui distingue la déficience, l'incapacité et le handicap. Cependant, ces nuances sont peu connues des non-spécialistes, et beaucoup rejettent le mot « déficient » qu'ils jugent trop négatif.
Handicapé visuel :
Voir « déficient visuel ».
Malvoyant :
Terme couramment employé pour désigner les personnes dont la vue est limitée mais néanmoins utilisable (non aveugles), et généralement compris même des non-spécialistes. Cependant certains lui reprochent la connotation négative attachée au préfixe « mal », qui peut renvoyer à l'idée de faute et de culpabilité.
Ce mot est parfois employé pour désigner les aveugles (par confusion avec « non-voyant »), et parfois aussi comme terme générique pour tous les déficients visuels.
Miraud ou miro :
Désigne quelqu'un qui voit mal, et plus fréquemment quelqu'un de très myope. Comme « bigleux », lorsqu'il est utilisé pour désigner un malvoyant il peut avoir un sens péjoratif, ironique ou humoristique selon la personne qui l'emploie.
Non-voyant :
Synonyme de « aveugle », que certains jugent moins connoté négativement.
Perdant la vue :
Expression forgée par la psychanalyste Maudy Piot, qui a constaté que beaucoup de patients se reconnaissaient mieux dans cette idée de « perte » que dans l'idée de « mal » associée à d'autres mots. Cette expression met plus l'accent sur le processus évolutif que l'on rencontre dans de nombreuses maladies, que sur l'état de la vision à un instant donné. En toute rigueur on peut donc être « perdant la vue » sans être « malvoyant » (au début d'une maladie dégénérative), ou « malvoyant » sans être « perdant la vue » (avec une vision basse mais stable).
Regard particulier :
Expression inventée par Michel Puech, photographe, pour souligner qu'une vision altérée n'est pas forcément mauvaise ou déficiente mais donne un point de vue « différent » sur le monde dont certains peuvent même tirer un avantage.
Rétino :
Désigne familièrement une personne atteinte d'une maladie de la rétine. Par rapport à son grand frère « rétinopathe », ce mot paraît plus léger, voire souriant, et il est dépourvu de toute connotation. On rencontre parfois le féminin « rétinette ».
Rétinopathe :
Désigne toute personne atteinte d'une maladie de la rétine, ou rétinopathie. Le terme rétinopathe n'existe pas dans le vocabulaire médical (contrairement à rétinopathie), il est principalement utilisé par l'association Retina France. Il a une consonance sérieuse, voire austère, qui sied aux publications officielles. Ceux qui trouvent désagréable le suffixe « -pathe » souvent associé à des maladies graves préfèrent l'abréviation « rétino ».
Voyant :
Personne qui voit normalement. Ce terme est plus souvent employé en opposition avec aveugle (ou non-voyant). Quand on veut l'opposer à malvoyant, on utilise plus souvent « bien-voyant ». En-dehors du contexte de la déficience visuelle, ce mot peut prêter à confusion car il désigne plutôt un voyant extra-lucide, un médium capable de voir les esprits ou l'avenir.

© Nicolas Graner – 2013

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Dernière modification le 30/09/2014.