En bref...
Chaque vers de ce poème est soumis à une ou plusieurs
contraintes formelles, pour un total de vingt-six contraintes
distinctes.
Mais encore...
Ce poème n'a d'autre but que d'accumuler les contraintes
formelles pour le seul plaisir de l'exercice. Les vingt-six
contraintes retenues ne sont pas originales, la nouveauté
réside dans leur regroupement dans un même texte. La
section Références cite la source ou
renvoie à d'autres exemples d'utilisation de la plupart des
contraintes.
En plus des contraintes formelles détaillées ci-dessous,
le poème présente une forme de contrainte
sémantique : la plupart des vers font
référence soit au poème dans son ensemble, soit
à une contrainte spécifique à ce vers. En-dehors
de cela, le sens du poème est assez obscur.
Détail des contraintes.
Contraintes globales :
- tous les vers sont des alexandrins réguliers.
- le schéma des rimes est celui du sonnet anglais :
ABAB CDCD EFEF GG.
- la première lettre de chaque vers forme en acrostiche le
mot STYLOGRAPHIQUE, qui est le plus long mot français
dont les lettres soient toutes distinctes.
- le premier vers de chaque "strophe" (vers 1, 5, 9 et 13) contient
le mot SONNET au début ou à la fin d'un
hémistiche.
Vers 1 : Sonnet obscur, noueux, noirci,
enfoui, touffu,
- tous les mots ont six lettres.
- tous les mots comportent deux syllabes.
- la première voyelle de chaque mot est un O (ou la
deuxième, quand la première est imposée par la
contrainte suivante).
- la première lettre de chaque mot forme en acrostiche le
mot SONNET.
Vers 2 : Tes règles
révélées et celées s'entremêlent.
- monovocalisme : la seule voyelle utilisée est le
E.
Vers 3 : Y a-t-il là un os ?
L'as-tu vu ? L'a-t-on su ?
- chaque mot se compose de une ou deux lettres.
Vers 4 : Le plan de ma démarche
hantera tes appels.
- bivocalisme : les voyelles sont alternativement E
et A.
Vers 5 : Oh ! ce Net est en nos sonnets,
et en écho
- palindrome : la succession des lettres est la même de
gauche à droite ou de droite à gauche.
Vers 6 : Gardons au moins trois trous ;
j'ai du blanc pour la cinq.
- deux occurrences successives d'une même lettre sont
séparées par au moins quatre autres lettres.
- lipogramme : la lettre E (cinquième lettre
de l'alphabet) n'est pas utilisée.
Vers 7 : Rimer ici, gémir
isolé... dur écot !
- rigidité de l'okapi : les lettres sont
alternativement une consonne et une voyelle.
- la première lettre de chaque mot forme en acrostiche le
mot RIGIDE.
Vers 8 : Auteur, craindriez-vous que tous,
liés, vous vainquent ?
- les voyelles sont toujours groupées par deux.
Vers 9 : Pis, à lire c'était
nettement un sonnet.
- le nombre de lettres de chaque mot correspond aux chiffres
successifs du nombre pi : 3,1415926.
Vers 10 : Hé, si elle eut
cédé ? Décès, huées,
liesse ?...
- peut s'écrire phonétiquement comme une suite de
lettres : S I L U C D D C U L I S.
- cette suite de lettres est un palindrome (le vers est donc un
palindrome syllabique).
Vers 11 : Il ira bien sûr loin ;
est-il usé, mais net ?
- montagnes russes : chaque mot a une lettre de plus ou une
lettre de moins que le mot précédent.
- la lettre centrale des mots de trois lettres (un mot sur deux)
forme en acrostiche le mot RUSSE.
Vers 12 : Quand j'asphyxie Schwartzkopf, le
vague me rabaisse.
- pangramme : toutes les lettres de l'alphabet sont
utilisées au moins une fois.
- toutes les lettres "rares" (celles qui valent 8 ou 10 points au
Scrabble, par exemple) sont regroupées dans le premier
hémistiche.
Vers 13 : Utile, car sonnet clair ou suit
"recalons !" :
- hétérogramme : trois permutations successives
des onze lettres ACEILNORSTU, les lettres les plus
fréquentes en français (UTILECARSON NETCLAIROUS
UITRECALONS).
Vers 14 : En tout quarante fois douze lettres
de long.
- indique le nombre total de lettres du sonnet (quatre cent
quatre-vingts), rendant difficile toute modification
ultérieure.
Cette section cite quelques exemples antérieurs d'utilisation
des contraintes ci-dessus, soit dans des ouvrages publiés soit
sur d'autres pages de ce site, principalement les "Avatars de Nerval". Elle n'a aucune
prétention à l'exhaustivité, et je n'ai
effectué aucune recherche de sources historiques.
- l'alexandrin tire son nom du Roman
d'Alexandre, poème anonyme du
XIIe siècle écrit en vers de
douze syllabes. Il y a bien d'autres textes en
vers sur ce site, et d'innombrables dans la littérature
française.
- le sonnet anglais est aussi dit sonnet
shakespearien, car il a été mis à
l'honneur par William
Shakespeare.
- l'acrostiche est un exercice très
populaire depuis plusieurs siècles auquel de nombreux auteurs
se sont essayés. On trouvera sur ce site quelques
variantes : acrostiche
double, acrostiche
diagonal, acrostiche
interne.
- l'idée d'utiliser les quatorze lettres
distinctes du mot STYLOGRAPHIQUE pour débuter les quatorze vers
d'un sonnet a été exploitée par GEF dans un
poème non publié.
- les vers dont tous les mots comportent le même
nombre de syllabes ne se limitent pas à deux syllabes,
comme le montrent ces réécritures d'un même sonnet
en mots de une, deux, trois et quatre syllabes.
- des vers dans lesquels la première lettre de
chaque mot forme un mot identique au premier mot du vers se
retrouvent dans "À de jeunes enfants".
- le monovocalisme en E a été
poussé à l'extrême dans le roman "Les Revenentes"
de Georges Perec.
Un exemple plus modeste en est le sonnet "¡ Me
desesperé !".
- on trouvera un exemple de bivocalisme
alterné A-I (plus difficile que le A-E) dans "À l'imaginatif Patrick".
- le palindrome est commenté et
illustré sur la page "Palindrome" de ce site.
- l'obligation de respecter une distance
minimale entre deux apparitions de la même lettre est
une invention personnelle illustrée dans "les trois ours" et le sonnet "Le Malchanceux".
- le lipogramme est discuté sur la page
"Lipogramme" de ce site.
- l'alternance entre consonnes et voyelles a
été baptisée "rigidité de l'okapi" par Estelle Souche et Philippe Bruhat par allusion
aux rayures postérieures de ce sympathique artiodactyle. Elle
est illustrée par le sonnet "Desolado".
- l'idée d'interdire les voyelles
isolées est due à GEF dans ses "Voyous
liés". La règle a été ici un peu
durcie en imposant que les voyelles soient par deux, et au contraite
affaiblie dans le sonnet "L'aède anxieux".
- la représentation des chiffres de
pi par des nombres de lettres est magnifiquement
illustrée par le célèbre quatrain :
Que j'aime à faire apprendre un nombre utile aux
sages !
Immortel Archimède, artiste,
ingénieur,
Qui de ton jugement peut priser la
valeur ?
Pour moi ton problème eut de pareils
avantages.
Elle est également utilisée dans le sonnet "El Picador".
- les montagnes russes sont une création
de Patrick Flandrin
qui a écrit de magnifiques poèmes respectant cette
contrainte, malheureusement non publiés. On en trouvera un
exemple, moins réussi à mon avis, dans "Aile des 10 Mac Do".
- l'usage de la lettre centrale des mots de
longueur impaire pour cacher un texte dans un autre est inspiré
par "le domaine d'Ana" de Jean Lahougue.
- le pangramme est l'objet de la page "Pangramme" de ce site.
- l'hétérogramme obtenu à
partir des lettres ACEILNORSTU est le fondement du long poème
"Ulcérations" de Georges Perec.
- les phrases auto-descriptives
décrivent leur propre contenu, généralement en
exprimant le nombre de leurs mots ou de leurs lettres. Ce vers ne
donne que le nombre total de lettres du poème dont il fait
partie, mais on peut aller beaucoup plus loin dans le détail,
comme le montre par exemple Jacques Pitrat dans un
article de "Pour la Science".
© Nicolas Graner - 2001