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Retour vers Le cothurne étroit

Commentaire de
Sextuor

Si ce n'est pas encore fait, lisez « Sextuor » avant de lire la suite de cette page.

En bref.

Une forme inspirée de la sextine.

Mais encore...

La sextine est une forme poétique inventée au XIIe siècle par le troubadour Arnaut Daniel et remise à la mode au XXe siècle notamment par Raymond Queneau. Une sextine consiste en six strophes de six vers, sans rimes à l'intérieur de chaque strophe mais avec des rimes riches entre strophes. En effet, les mots qui terminent les six vers sont les mêmes dans toutes les strophes, dans un ordre différent. Si les six vers de la première strophe se terminent respectivement par les mots A, B, C, D, E et F, ceux de la deuxième strophe se terminent par les mots F, A, E, B, D et C. La même permutation (123456 → 615243) est appliquée aux mots-rimes pour les strophes suivantes : la troisième aura ses vers terminés par C, F, D, A, B et E ; la quatrième par E, C, B, F, A et D ; la cinquième par D, E, A, C, F et B ; la sixième et dernière par B, D, F, E, C et A (une application supplémentaire de la permutation redonnerait l'ordre initial A, B, C, D, E, F). La véritable sextine comprend une strophe supplémentaire de trois vers, mais celle-ci est généralement omise dans les sextines modernes.

Le poème Sextuor dévie légérement de cette forme fixe car ce sont des rimes, et non des mots, qui suivent la permutation requise. Les mots, eux, varient d'une strophe à l'autre par leur consonne initiale. De plus, les mots du début de chaque vers se retrouvent aussi d'une strophe à l'autre, en suivant une permutation différente. Ces mots désignent les six personnages mis en scène, d'où le titre « sextuor » qui désigne un ensemble de six personnes (normalement six musiciens).

Pour exploiter au maximum l'effet de « mélange » de la sextine, j'aurais aimé que :

  1. Chaque rime se retrouve à toutes les places dans les strophes : au premier vers d'une strophe, au deuxième vers d'une autre strophe, etc.
  2. Chaque personnage se retrouve également à toutes les places, en occupant un rang différent dans chaque strophe.
  3. Chaque personnage se trouve associé à chacune des rimes, de telle sorte qu'il n'y ait jamais deux vers dans le poème qui commencent et finissent de la même façon.

Il n'est malheureusement pas possible de satisfaire ces trois conditions à la fois. Mathématiquement, cela reviendrait à construire un carré gréco-latin d'ordre 6, ce qui est impossible (voir le problème des officiers d'Euler sur Wikipédia). En fait, ce serait possible avec 5 strophes de 5 vers, ou 8 strophes de 8 vers, ou n'importe quel autre nombre (à partir de 3), mais pas avec 6.

La première condition est automatiquement satisfaite en appliquant aux rimes la permutation de la sextine. J'ai choisi de respecter aussi la troisième, mais de sacrifier la seconde. Chaque personnage apparaît donc au même rang dans deux strophes différentes : l'infirmière est au premier vers des strophes 1 et 3 et jamais au cinquième, le coiffeur est au sixième vers des strophes 2 et 6 et jamais au quatrième, etc.

Le choix des rimes n'a pas été fait au hasard. Pour un esprit convenablement orienté, elles peuvent évoquer des termes à connotation sexuelle. Plus précisément, trois rimes (-ite, -ouilles et -ine) permettent de former un mot désignant l'organe masculin et les trois autres (-oule, -ente et -atte) l'organe féminin. Ces six mots sont en effet présents dans la dernière strophe, non pas directement mais sous forme de contrepèteries. Pour les faire apparaître, il faut échanger la consonne initial du dernier mot des vers 1 et 2, des vers 3 et 4 et des vers 5 et 6 (une contrepèterie porte sur des sons et non des lettres : « l'acanthe » doit être traitée comme si c'était « la canthe »).


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© Nicolas Graner – 2011

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Dernière modification le 30/09/2014.