| Bestiaire 1 Alain Chevrier |
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Je suis la ténébreuse, une veuve isolée, Princesse souterraine à la vue abolie, Mon ouïe est quasi morte, et mon nez constellé* Fouit sous le soleil noir de la mélancolie. Dans la nuit du terreau, toi qui m'as strangulée, Rends moi ma taupinière et ses cent galeries, Le ver qui plaisait tant à mon goût refoulé, Et la larve et l'insecte à qui mes dents s'allient. Suis-je Enée ou Pluton ? Télémaque ou Cérès ? Mon front est rouge encor d'avoir poussé la glaise. J'ai rêvé dans la grotte où j'étais trop à l'aise... Et j'ai plus d'une fois cru tomber dans l'Hadès, Modulant tour à tour sur mes moustaches grises Des chansons dans le noir et des cris de surprise. |