| Bestiaire 6 Jean Fontaine |
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Je suis l'industrieux, — le ver, — l'incoconné, Le prince arboricole à la mûre abolie : Ma fine toile est forte, — et mon nid façonné Porte le bel espoir d'une étoffe jolie. Dans la nuit du cocon, toit qui m'a couronné, Dormant en chrysalide à l'humeur amollie, La feuille qui plaît tant à mon corps ballonné Est la table où ma panse a son oeuvre accomplie. Suis-je Ariane ou Clotho ?... Pénélope ou Charon ? Mon fil est robe au corps doux baisé de la reine ; J'ai bavé dans l'étoffe où nage la sirène... Et j'ai vu toutes deux traverser l'Achéron : Reposant corps à corps sur les rives du Styx, La soierie et la sainte, et l'arbre du bombyx. |
D'après le sonnet "les vers à soie" de Jacques Roubaud. Voir aussi la version "Bestiaire 7", ainsi que de nombreuses autres variations autour de ce sonnet sur le site de Zazipo.