| Inéligible Alain Créhange |
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Je suis un Ténébreux, - le meilleur d'entre nous, Un prince d'Aquitaine aux deux tours abolis2. J'ai perdu trois mandats ; je suis sur les genoux ; Je marche à quatre pattes - ce n'est pas joli. Réélu pour cinq ans, toi qui m'as bien lâché, Rends-moi mes six maisons et l'hôtel Matignon3, Ou le septième ciel, où tu te tiens perché Pourrait s'évaporer sous huit jours, mon mignon4. Suis-je Édouard ou Sarko5 ?... Charles Neuf6 ou Giscard7 ? Mon front reçut dix fois le laurier qui honore ; J'ai failli diriger le onze tricolore. Et j'ai, douze fois con8, accepté ce placard. M'éclipsant sans un bruit, comme un treizième à table, Comme sous Louis Quatorze9 un Fouquet qu'on accable. |
Alain-Gérard de Jupperval
2 La référence à l'Aquitaine et aux deux tours abolis (métaphore de l'inéligibilité) donne à penser que l'auteur est un maire de Bordeaux qui a connu certains revers de fortune en politique. Toutefois, une analyse stylistique approfondie écarte catégoriquement l'hypothèse d'un texte écrit par Montaigne.
3 On ignore si l'auteur fait allusion à un poste de Premier Ministre et à des logements de fonction, ou à une partie de Monopoly.
4 Le ton devient franchement déplaisant. On comprend que le destinataire de ce poème n'ait pas donné suite.
5 Ces deux références restent obscures. Il devait s'agir de personnalités qui possédaient une certaine notoriété à l'époque où le texte fut écrit.
6 Charles IX : roi de France (de 1560 à 1574), qui laissa perpétrer les massacres de la Saint-Barthélemy.
7 Valéry Giscard d'Estaing : président de France (de 1974 à 1981), qui assista au sacre de Bokassa.
8 Sous l'effet de la colère, l'auteur se laisse aller à s'exprimer dans un style très relâché.
9 Louis XIV : roi de France (de 1643 à 1715), au sujet duquel il n'y a pas grand-chose à dire.
Chaque vers contient le nombre correspondant à son rang dans le sonnet, sous forme cardinale ou ordinale.