Interpolation
Nicolas Graner
accueil sommaire auteurs index original hasard précédent suivant

Version publiée dans le livre « Je suis le Ténébreux ».

El Aislamiento del Desdichado
(L'Isolement du Déshérité)

Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie ;
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières ?

Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur
Porte le soleil noir de la Mélancolie.
Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts.
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie :
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour.

La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé
Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Et la treille où le pampre à la rose s'allie ?
Vains objets dont pour moi le charme est envolé !

Suis-je Amour ou Phébus ? Lusignan ou Biron ?
Je ne demande rien à l'immense univers.
Mon front est rouge encor du baiser de la reine
Et je dis : "Nulle part le bonheur ne m'attend".

J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène
- Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes -
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ?

Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
- Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère -
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée,
Un son religieux se répand dans les airs.

Gérard-Alphonse de Nervatine


Les vers de "El Desdichado", dans l'ordre, alternent avec des vers tirés de "L'Isolement" d'Alphonse de Lamartine (poème des "Méditations poétiques" contenant le célèbre vers : "un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !").


accueil sommaire auteurs index original hasard précédent suivant