Interrogatoire
Pascal Kaeser
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Version publiée dans le livre « Je suis le Ténébreux ».

- Comment vous appelez-vous ?
- Gérard Lebrun, dit le ténébreux.
- Etat-civil ?
- Veuf inconsolé.
- Profession ?
- Prince d'Aquitaine.
- Domicile ?
- J'habite dans une tour en ruine, à la rue de l'étoile morte, près d'un luthier dont l'enseigne porte le soleil noir de la mélancolie.
- Bien ! Et qu'est-ce qui vous amène ici ?
- Voilà ! L'autre nuit, je me promenais au cimetière, bavardant avec un pote compréhensif. Je lui racontais que quelqu'un m'avait fauché le Pausilippe, la mer d'Italie, la fleur accrochée à ma boutonnière et la treille de ma résidence secondaire.
- Savez-vous qui a fait le coup ?
- Peut-être Amour... ou Phébus... ou Lusignan... ou Biron...
- Quatre suspects ! Attendez, je note ! On va vérifier tout ça. Poursuivez !
- C'est alors qu'une reine s'est avancée vers moi et m'a fait un bisou sur le front.
- Sans doute Aurélia ! Elle adore racoler dans les cimetières.
- Non, non ! C'était une sirène, oui une sirène, je vous jure ! Elle était toute humide, sortant de je ne sais quelle grotte.
- Admettons ! Et comment avez-vous réagi ?
- J'ai traversé l'Achéron.
- La quoi ?
- L'Achéron. Et deux fois plutôt qu'une ! Et en vainqueur, Monsieur, parfaitement !
- Félicitations, mais ne comptez pas sur moi pour chanter vos exploits sur la lyre d'Orphée ! Et ensuite ?
- Une sainte a soupiré et une fée a crié.
- Et alors ?
- C'est tout !
- Vous vous foutez de moi ?


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