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Interlocuteurs
D'abord : Dédichadore, Epithéététe,
ami de Dédichadore.
Ensuite : Aristope, Clitoris, Maxiton, Derrida, Socrate.
Dédichadore
Je crois être prêt à vous faire par le menu le
récit que vous me demandez. Dernièrement en effet je
venais d'Aquithènes où j'habite comme Diogène
dans une tour en ruine et un navarque de ma connaissance m'appela de
loin : « Hé ! l'homme d'Aquithènes,
Dédichadore, s'écria-t-il en badinant, attends-moi
donc. » Je m'arrêtai et l'attendis.
« Dédichadore me dit-il, je te cherche justement pour
te questionner sur ta situation. Quelqu'un m'en a déjà
parlé, qui les tenait de Phoebus, fils de Polystyrène
mais il n'a pas pu être très précis. Rapporte-moi
donc toi-même le discours que tu as connu devant Socrate et
d'abord d'où te vient cet air
mélancolique ? » On voit bien, fils de
clérouque1, lui répondis-je que tes
informations sont peu précises, mais les amnésiques
n'ont rien d'inoubliable. Si tu penses à la réunion
récente à laquelle j'ai assisté, je me suis en
effet attaché à Socrate car lui seul pouvait me
consoler. J'étais solitaire, éploré depuis mon
veuvage et j'errais alors que les choreutes2
célébraient la victoire avec les grands luths, alors
qu'Aldébaran s'était éteinte et que Melancholie
m'étreignait.
Epithéététe
Tu es toujours le même, Dédichadore, ô ami
très cher, gardien du tombeau, qui m'a donné le
Pausilippe et une partie de la mer d'Italie. Tu crois toujours que tu
es le plus malheureux et à t'entendre, tout le monde est
misérable sauf Socrate.
Dédichadore
Oui, cher Epi, lochographe3 zélé
d'Hénon, à qui j'ai également confié ma
vigne, mon jardin et ma fleur. On m'a donné le sobriquet de
ténébreux et j'en suis furieux contre moi-même.
Epithéététe
Mais par Zeus, quelle est cette histoire de rencontre dans la grotte
où tu nageas, hydrophile tel Kothon, dans le bonheur physique
(érotique) et proche des dieux (agapes) par tes amis
donnés.
Dédichadore
Effectivement j'ai rencontré Socrate, sortant du bain et
accompagné de quelques peltastes4 et
péripoles5 qui l'égayaient d'un
péan6 composé par Théo de
Rhakis7. Il y avait également le
taxiarque8 Clitoris, gardien de la caverne et
Blasphème l'énarque9
pentacosiomédimne10.
Socrate
Qu'entends-je mon jeune ami et vous fils d'Adynathon ? Vous
parliez de nous et je présage que vous voudriez connaître
la nature de l'Amour et celle de la Poésie ; et toi
Dédichadore, fils de Nerthéoval tu voudrais pouvoir
choisir entre l'Amour et Phoebus, entre les vers, le mètre et
le maître. Mais où le mettre ?
Maxiton l'Archonte11
Par Caron, nautonier infernal, s'il se peut faire de changer de bord
et de passer de l'autre côté de l'Achéron puis
faire revenir et faire repasser encore ?
Aristope
Oui le mouvement du pentecontère autour de lui-même
lorsqu'il s'appuie sur deux centres n'est pas le même que pour
un triacontère qui ne s'appuie que sur un centre ou si le
centre change de place. Tout dépend si l'on navigue à la
voile ou autrement.
Socrate
C'est cela mes enfants. Il faut que Dédichadore soit un sans
être plusieurs donc non un et qu'il ne s'identifie ni aux
déesses ni aux muses et encore moins aux hamippes12 ou aux néodamodes13. Il vaut
mieux s'afficher avec des mousses que taire des penchants que j'ai
essayé de vous apprendre sur l'amour et la beauté.
Aristope vous aide en ramenant sa science et en vous donnant aussi le
point de vue de l'escargot sur l'hermaphrodisme.
Aristope
C'est vrai car sur l'Achéron Dédi aurait
intérêt à utiliser les services d'un bon
kybernétès14 pour éviter les
méfaits de l'air et de l'azote et ne pas aborder les crues de
façon pathologique.
Socrate
J'imagine, amis, que je dois continuer à m'adresser à
Dédichadore et à ses mythes que l'on ne peut abolir
plutôt qu'à Epithéététe.
Derrida
Non, parle à tout le monde, je te prie, ô vieillard
couillu polyvalent.
Clitoris
C'est indéniable, ô fils de Crétois menteurs.
Socrate
Donc une fois mort d'Amour et chanté par Orphée, le
grand Chorège, fils de Calliopte Dédichadore rejoindra
les Dieux et deviendra immortel. L'amour rendra le mortel immortel et
éternel. Or le désir de l'immortalité est
inséparable du désir du bien donc de l'amour. Il
s'ensuit que l'amour est aussi l'amour de l'immortalité. Or
Socrate est amour. Derrida, ami hilote, qu'en déduis-tu ?
Derrida
Pourquoi moi, vénéré maître au front
hâlé par le raisonnement intérieur ? Je ne
sais pas encore convertir des cotyles en chenices ou des drachmes en
oboles ou en euros17, alors des syllogismes.
Dédichadore
Il a raison, ne chicanons pas le fils d'Erythème fessu, alors
que pour ma part j'ai compris dans ton discours de fermes exhortations
à toutes les formes d'amour, du pair et de l'impair dans lequel
deux n'a pas sa place. Je ne me cherche plus mais ne pourrai jamais
répondre correctement à la question « qui
suis-je ? » et je sais que toi, Socrate, tu sortiras
toujours ta boîte de mythes.
Socrate
Tout à fait, Dédi mon beau pâtre, tout à
fait ; il faut toujours, mon cher disciple, savourer les
prêches de vos maîtres.
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