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Avatars de Nerval

Comédie

Nicolas Graner & Camille Abaclar

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Théâtre de l'absurde

Le malade déshérité

ACTE III, SCÈNE 10
LABRUNETTE habillée en médecin, DESDICHADO.

LABRUNETTE

Je suis médecin ténébreux qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres veufs, des malades inconsolés dignes de m'occuper, des princes abolis capables d'exercer les grands et beaux secrets que j'ai trouvés dans les tours de l'Aquitaine. Je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin ?

DESDICHADO

Monsieur Amour, que l'on nomme aussi Monsieur Phébus.

LABRUNETTE

Cet homme-là n'est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade ?

DESDICHADO

Il dit que c'est de mon étoile qui serait morte, et d'autres disent que c'est de mon luth qui est par trop constellé.

LABRUNETTE

Ce sont tous des ignorants. C'est du soleil noir que vous souffrez.

DESDICHADO

Du soleil noir ?

LABRUNETTE

Oui. Que sentez-vous ?

DESDICHADO

Je sens de temps en temps comme une mélancolie.

LABRUNETTE

Justement, le soleil noir.

DESDICHADO

Il me semble parfois que je suis dans la nuit, et comme en un tombeau.

LABRUNETTE

Le soleil noir.

DESDICHADO

J'ai quelquefois le désir de me trouver auprès du Pausilippe, ou bien parfois sur la mer d'Italie.

LABRUNETTE

Le soleil noir.

DESDICHADO

Je rêve souvent d'une fleur qui avait fort plu à mon cœur.

LABRUNETTE

Le soleil noir. Il vous prend parfois envie d'une treille ?

DESDICHADO

Oui, monsieur.

LABRUNETTE

Le soleil noir. Vous seriez bien aise qu'un pampre et une rose s'y alliassent ?

DESDICHADO

Oui, monsieur.

LABRUNETTE

Le soleil noir, le soleil noir, vous dis-je. Que vous dit votre médecin pour vous consoler ?

DESDICHADO

Il dit que la rougeur de ma complexion provient de mon front.

LABRUNETTE

Ignorant !

DESDICHADO

Que c'est la conséquence d'un baiser que j'ai naguère reçu de la Reine.

LABRUNETTE

Ignorant !

DESDICHADO

Que je ne dois plus me laisser porter à songer dans les grottes.

LABRUNETTE

Ignorant !

DESDICHADO

Et surtout que je ne dois point nager en compagnie des sirènes.

LABRUNETTE

Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Il vous faut agir en vainqueur, et vous devez plus d'une fois traverser l'Achéron. Et pour édulcorer votre bile, qui est trop amère, il vous faut moduler sur la lyre. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main, Monsieur Lusignan, et son apothicaire Monsieur Biron ; et Orphée viendra vous voir de temps en temps, tandis qu'il sera en cette ville.

DESDICHADO

Vous m'obligerez beaucoup.

LABRUNETTE

De quoi diantre vous sert cette sainte-là ?

DESDICHADO

Comment ?

LABRUNETTE

Voilà une sainte dont je me déferais tout à l'heure, si j'étais que de vous.

DESDICHADO

Et pourquoi ?

LABRUNETTE

Ne voyez-vous pas qu'elle soupire sans cesse, et que ses soupirs ne font qu'accroître l'amertume de votre bile ?

DESDICHADO

Oui ; mais j'ai besoin d'une sainte.

LABRUNETTE

Vous avez là aussi une fée que je jetterais hors du logis, si j'étais à votre place.

DESDICHADO

Renvoyer la fée du logis ?

LABRUNETTE

Ne voyez-vous pas que ses cris continuels incommodent vos oreilles ? Croyez-moi, renvoyez-la au plus tôt.

DESDICHADO

Cela n'est pas pressé.

LABRUNETTE

Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt ; mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui doit se faire pour un sonnet qui succomba hier à un excès de parodysie. Jusqu'au revoir.

Jean-Gérard Nerlin, dit Moleval


Parodie d'une scène du Malade Imaginaire de Molière (1622-1673).


© Nicolas Graner

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Dernière modification le 20/09/2013.