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Commentaire de
Chien et Loup

Si ce n'est pas encore fait, lisez « Chien et Loup » avant de lire la suite de cette page.

En bref.

Centon conforme à cette contrainte de circonstance : chacune des 70 composantes commence comme Cyrille Cahen.

Mais encore...

La fable Chien et loup a été composée pour le soixante-dixième anniversaire de Cyrille Cahen, écrivain et fabuliste féru des fables de La Fontaine. Elle se compose de soixante-dix vers tirés de ces fables (voir la section Références) et commençant tous par un C, la double initiale du dédicataire.

Un poème formé de vers extraits d'autres poèmes s'appelle un centon. Le sens de celui-ci n'est pas forcément très clair ; le vers crucial est le 52 : « Cette réflexion fit aussi croquer l'autre », où il faut comprendre que le loup dévore le chien. Le reste s'en déduit assez facilement.

Références.

Le Rat et l'Huître
Cette Fable contient plus d'un enseignement.
Nous y voyons premièrement :
Que ceux qui n'ont du monde aucune expérience
Sont aux moindres objets frappés d'étonnement :
Le Berger et la Mer
Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.
Je me sers de la vérité
Pour montrer, par expérience,
Qu'un sou, quand il est assuré,
Vaut mieux que cinq en espérance ;
Le Pâtre et le Lion
C'est ainsi que l'a dit le principal Auteur :
Passons à son imitateur.
Le Loup et le Chien maigre
Certain Loup, aussi sot que le pêcheur fut sage,
Trouvant un Chien hors du village,
S'en allait l'emporter ;
Le Renard et le Bouc
Capitaine Renard allait de compagnie
Avec son ami Bouc des plus haut encornés.
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
L'autre était passé maître en fait de tromperie.
Le Loup et le Chien maigre
Il était fort agile ;
Mais il n'était pas fort habile :
Ce Loup ne savait pas encor bien son métier.
Le Berger et son troupeau
Cependant, devant qu'il fût nuit,
Il arriva nouvel encombre,
Un Loup parut ; tout le troupeau s'enfuit :
Ce n'était pas un Loup, ce n'en était que l'ombre.
L'Aigle et la Pie
Caquet bon-bec, ma mie : adieu. Je n'ai que faire
D'une babillarde à ma Cour :
C'est un fort méchant caractère.
La Cigale et la Fourmi
La Fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Le Loup et le Chien
Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
Le Faucon et le Chapon
Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ;
Ne vous pressez donc nullement :
Ce n'était pas un sot, non, non, et croyez-m'en,
Que le Chien de Jean de Nivelle.
Le Chat et un vieux Rat
Un Rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour :
C'était un vieux routier, il savait plus d'un tour ;
Même il avait perdu sa queue à la bataille.
Le Savetier et le Financier
Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir :
C'était merveilles de le voir,
Merveilles de l'ouïr ; il faisait des passages,
Plus content qu'aucun des sept sages.
Belphégor
L'un des plaisirs où plus il dépensa
Fut la louange : Apollon l'encensa ;
Car il est maître en l'art de flatterie.
Diable n'eut onc tant d'honneurs en sa vie.
Le Chat et les deux Moineaux
Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge,
Une longue habitude en paix les maintenait ;
Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait ;
Les Filles de Minée
La première étincelle eut embrasé leur âme,
Qu'ils ignoraient encor ce que c'était que flamme.
Chacun favorisait leurs transports mutuels,
Mais c'était à l'insu de leurs parents cruels.
Philémon et Baucis
L'humble toit est exempt d'un tribut si funeste :
Le sage y vit en paix, et méprise le reste ;
Content de ces douceurs, errant parmi les bois,
Il regarde à ses pieds les favoris des Rois ;
Philémon et Baucis
Puissions-nous chanter sous les ombrages
Des arbres dont ce lieu va border ses rivages !
Puissent-ils tout d'un coup élever leurs sourcis,
Comme on vit autrefois Philémon et Baucis !
La Querelle des chiens et des chats, et celle des chats et des souris
Ces animaux vivaient entr'eux comme cousins.
Cette union si douce, et presque fraternelle,
Edifiait tous les voisins.
Le Renard, le Singe et les Animaux
Le nouveau Roi bâille après la finance,
Lui-même y court pour n'être pas trompé.
C'était un piège : il y fut attrapé.
Le Corbeau, la Gazelle, la Tortue et le Rat
Car de lui demander quand, pourquoi, ni comment
Ce malheur est tombé sur elle,
Et perdre en vains discours cet utile moment,
Comme eût fait un Maître d'Ecole,
Il avait trop de jugement.
L'Ecrevisse et sa Fille
Je pourrais l'appliquer à certain Conquérant
Qui tout seul déconcerte une Ligue à cent têtes.
Ce qu'il n'entreprend pas, et ce qu'il entreprend,
N'est d'abord qu'un secret, puis devient des conquêtes.
Le Loup et le Renard
Ne nous en moquons point : nous nous laissons séduire
Sur aussi peu de fondement ;
Et chacun croit fort aisément
Ce qu'il craint et ce qu'il désire.
La Mouche et la Fourmi
Le soin que j'aurai pris de soin m'exemptera.
Je vous enseignerai par là
Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire.
Les Poissons et le Berger qui joue de la flûte
Ce discours éloquent ne fit pas grand effet :
L'auditoire était sourd aussi bien que muet.
Les Vautours et les Pigeons
Mars autrefois mit tout l'air en émute.
Certain sujet fit naître la dispute
Chez les oiseaux ;
L'Avantage de la science
Ces mots remplis d'impertinence
Eurent le sort qu'ils méritaient.
L'homme lettré se tut, il avait trop à dire.
Le Loup plaidant contre le Renard par-devant le Singe
Et tous deux vous paierez l'amende ;
Car toi, Loup, tu te plains, quoiqu'on ne t'ait rien pris ;
Et toi, Renard, as pris ce que l'on te demande.
Belphégor
Dame Honnesta viendrait-elle y prôner
Qu'elle a regret de se bien gouverner ?
Chose ennuyeuse et qu'il est las d'entendre.
L'Ane et le petit Chien
« Comment ? disait-il en son âme,
Ce Chien, parce qu'il est mignon,
Vivra de pair à compagnon
Avec Monsieur, avec Madame ;
L'Ane et ses Maîtres
Ce Baudet-ci m'occupe autant
Que cent Monarques pourraient faire.
Croit-il être le seul qui ne soit pas content ?
N'ai-je en l'esprit que son affaire ?
Les Animaux malades de la peste
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Le Lièvre et la Perdrix
Il ne se faut jamais moquer des misérables :
Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux ?
Le sage Esope dans ses Fables
Nous en donne un exemple ou deux.
Le Juge arbitre, l'Hospitalier et le Solitaire
Les Malades d'alors, étant tels que les nôtres,
Donnaient de l'exercice au pauvre Hospitalier ;
Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse :
Le Rat et l'Eléphant
On y fait l'homme d'importance,
Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois :
C'est proprement le mal François.
La sotte vanité nous est particulière.
Le Chien qui porte à son cou le dîné de son Maître
Chose étrange ! on apprend la tempérance aux chiens,
Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes.
Ce Chien-ci donc étant de la sorte atourné,
Un mâtin passe, et veut lui prendre le dîné.
Le Statuaire et la Statue de Jupiter
A la faiblesse du sculpteur
Le Poète autrefois n'en dut guère,
Des dieux dont il fut l'inventeur
Craignant la haine et la colère.
Le Fermier, le Chien et le Renard
Poules, poulets, chapons, tout dormait. Le Fermier,
Laissant ouvert son poulailler,
Commit une sottise extrême.
L'Ours et les deux Compagnons
L'un de nos deux Marchands de son arbre descend,
Court à son compagnon, lui dit que c'est merveille
Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal.
Belphégor
Chez les amis tout s'excuse, tout passe ;
Chez les Amants tout plaît, tout est parfait ;
Chez les Epoux tout ennuie et tout lasse.
Le devoir nuit : chacun est ainsi fait.
L'Alouette et ses Petits avec le Maître d'un champ
- S'il n'a dit que cela, repartit l'Alouette,
Rien ne nous presse encor de changer de retraite ;
Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter.
Cependant soyez gais ; voilà de quoi manger.
Le Berger et son troupeau
Il harangua tout le troupeau,
Les chefs, la multitude, et jusqu'au moindre agneau,
Les conjurant de tenir ferme :
Cela seul suffirait pour écarter les Loups.
Testament expliqué par Esope
Ce n'est pas un fort bon moyen
Pour payer, que d'être sans bien.
Le Berger et le Roi
Vous favori ! vous grand ! Défiez-vous des Rois :
Leur faveur est glissante, on s'y trompe ; et le pire
C'est qu'il en coûte cher ; de pareilles erreurs
Ne produisent jamais que d'illustres malheurs.
Belphégor
On vous le happe et mène à la potence.
Comme il allait haranguer l'assistance,
Nécessité lui suggéra ce tour :
Il dit tout bas qu'on battît le tambour,
Le Rat de ville et le Rat des champs
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.
- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Le Loup et le Renard
Sire Renard était désespéré.
Compère Loup, le gosier altéré,
Passe par là ; l'autre dit : Camarade,
Je veux vous régaler ; voyez-vous cet objet ?
Le Loup et le Chasseur
J'en aurai, dit le Loup, pour un mois, pour autant.
Un, deux, trois, quatre corps, ce sont quatre semaines,
Si je sais compter, toutes pleines.
Commençons dans deux jours ; et mangeons cependant
L'Ane et le petit Chien
« Comment ? disait-il en son âme,
Ce Chien, parce qu'il est mignon,
Vivra de pair à compagnon
Avec Monsieur, avec Madame ;
La Grenouille et le Rat
(C'était, à son avis, un excellent morceau).
Déjà dans son esprit la galande le croque.
Il atteste les Dieux ; la perfide s'en moque.
L'Ane et le Chien
Il se faut entr'aider, c'est la loi de nature :
L'Ane un jour pourtant s'en moqua :
Et ne sais comme il y manqua ;
Car il est bonne créature.
Le Chat et les deux Moineaux
Il croque l'étranger. Vraiment, dit maître Chat,
Les Moineaux ont un goût exquis et délicat !
Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.
Les Loups et les Brebis
Les Chiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôt fait qu'à peine ils le sentirent.
L'Huître et les Plaideurs
Perrin fort gravement ouvre l'Huître, et la gruge,
Nos deux Messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d'un ton de Président :
Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
La Matrone d'Ephèse
Mais la dame voulait paître encore ses yeux
Du trésor qu'enfermait la bière,
Froide dépouille et pourtant chère.
C'était là le seul aliment
Qu'elle prît en ce monument.
Les Loups et les Brebis
Car si les Loups mangeaient mainte bête égarée,
Les Bergers de leur peau se faisaient maints habits.
Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Ni d'autre part pour les carnages :
Philémon et Baucis
Quels humains auraient cru recevoir un tel Hôte ?
Ces mets, nous l'avouons, sont peu délicieux :
Mais, quand nous serions Rois, que donner à des Dieux ?
Le Loup et le Renard
Le Renard dit au Loup : Notre cher, pour tous mets
J'ai souvent un vieux Coq, ou de maigres Poulets ;
C'est une viande qui me lasse.
La Fortune et le jeune Enfant
Soyez une autre fois plus sage, je vous prie.
Si vous fussiez tombé, l'on s'en fût pris à moi ;
Cependant c'était votre faute.
Le Cheval et le Loup
C'est bien fait, dit le Loup en soi-même fort triste ;
Chacun à son métier doit toujours s'attacher.
Tu veux faire ici l'Arboriste,
Et ne fus jamais que Boucher.
La Lice et sa Compagne
Ce qu'on donne aux méchants, toujours on le regrette.
Pour tirer d'eux ce qu'on leur prête,
Il faut que l'on en vienne aux coups ;
Les Devineresses
Tout est prévention,
Cabale, entêtement, point ou peu de justice :
C'est un torrent ; qu'y faire ? Il faut qu'il ait son cours.
Cela fut et sera toujours.
Le Loup et le Chien
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.
Le Loup et les Bergers
C'est par là que de loups l'Angleterre est déserte :
On y mit notre tête à prix.
Il n'est hobereau qui ne fasse
Contre nous tels bans publier ;
Le Vieillard et les trois jeunes Hommes
Et pleurés du Vieillard, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter.
Le Serpent et la Lime
Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre,
Qui n'étant bons à rien cherchez sur tout à mordre.
Vous vous tourmentez vainement.
La Cour du Lion
Ceci vous sert d'enseignement :
Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.
L'Œil du Maître
Je vous enseignerai les pâtis les plus gras ;
Ce service vous peut quelque jour être utile,
Et vous n'en aurez point regret.
Les Vautours et les Pigeons
Tenez toujours divisés les méchants ;
La sûreté du reste de la terre
Dépend de là : Semez entre eux la guerre,
Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.
Ceci soit dit en passant ; je me tais.
L'Alouette et ses Petits avec le Maître d'un champ
C'est ce coup qu'il est bon de partir, mes enfants.
Et les petits, en même temps,
Voletants, se culebutants,
Délogèrent tous sans trompette.

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© Nicolas Graner – 2002

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Dernière modification le 30/09/2014.