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Commentaire de
La der des ders

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En bref.

Un bivocalisme en A-E vaguement inspiré du Barbara de Jacques Prévert.

Mais encore...

Contrairement à la plupart des textes de ce site, le poème la der des ders n'est pas un simple exercice technique mais tente d'exprimer une émotion réelle. Il respecte tout de même une contrainte formelle : ne pas utiliser d'autres voyelles que le A et le E. C'est donc un bivocalisme en A-E, ou encore un lipogramme en I-O-U-Y. Cette contrainte n'est pas très restrictive, puisqu'elle permet d'utiliser environ 10% du lexique français.

Ce poème a été composé entre janvier et mars 2003, alors que la menace des États-Unis de déclarer la guerre à l'Irak engendrait de nombreux débats sur la légitimité de la guerre et les espoirs de règlement diplomatique des conflits. Il fait référence à la Première Guerre Mondiale (1914-1918), qui fut si atroce que beaucoup pensèrent, à l'époque, que les hommes renonceraient pour toujours à mener d'autres guerres. On la surnomma donc « la dernière des dernières », ou « la der des ders ».

La forme du poème, en vers libres sans ponctuation, est empruntée au Barbara de Jacques Prévert, écrit durant la Seconde Guerre Mondiale de 1939-1945 et reproduit dans la section Références.

Références.

Barbara
Jacques Prévert,
in « Paroles » (1945).

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.


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© Nicolas Graner – 2003

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Dernière modification le 18/01/2010.